La croisée des destins

 

Chapitre 16 : Excuses

 

 

            “Allez, Cécilia, dis nous quelque chose !” me supplia Charles.

 

            Nous avions repris la route. Fidèle à ma promesse, pleine de rancune envers mon oncle, je n’avais pas desserré les dents, ni dit un mot à quiconque. D’ailleurs, je m’étais faite enguirlander par mon oncle, mais je ne m’en souciait pas !

 

            Devant mon entêtement, Charles renonça.

 

            Finalement, nous atteignîmes le ranch Thomas. Ayant entraîné les vaches dans le grand pré qui se trouvait juste derrière le grand corral (celui en deux parties) nous rentrâmes les chevaux. Une fois Démon soigné, je me précipitait vers le pré d’Éclipse. A peine arrivée dans l’enclos, je sifflai. Un hennissement strident, et joyeux, retentit, et mon étalon arriva au grand galop, les oreilles en avant, les yeux brillants de bonheur. Je souris à cette vision. Éclipse s’arrêta à quelques pas de moi, et j’enlaçai joyeusement son encolure.

 

            “Je t’ai manqué, à ce que je vois !”murmurai-je, à l’animal.

 

            Celui-ci encensa, comme pour approuver.

 

            “Et si je te montais un peu ?” proposai-je.

 

            Joignant le geste à la parole, je me hissais sur son dos. Quelques minutes plus tard, j’étais lancée au grand galop, sur le dos d’Éclipse. Rien de mieux qu’un bon temps de galop pour se changer les idées. D’ailleurs, ce petit jeu était aussi bénéfique à moi qu’à mon étalon, qui obéissait gaiement. Peu après, je le remettais au trot, puis au pas. Une demi-heure plus tard, je revenais avec Éclipse près de l’entrée, où m’attendaient Charles et Léa. Je caressais fortement Éclipse, puis faisant mine de ne pas les voir, je quittai l’enclos et rejoignait celui de Casiopée, où je répétai les mêmes gestes qu’avec mon étalon noir. Cela fait, je me montrais déjà moins hargneuse envers les deux autres.

 

            “- Cécilia ? m’appela Charles, alors que je quittait le pré de Casiopée.

 

             - Quoi ? grommelai-je.

 

             - Ah ! Tu daignes enfin nous parler ! Pas trop tôt ! plaisanta Léa. Alors, si tu nous disais pourquoi tu faisais la gueule, depuis l’épisode du lynx ? Tout ce qu’Antoine nous a dit, c’est que tu t’es faite attaquer par un lynx, et qu’Antoine l’a abattu, avant que le félin ne fasse de même pour toi !

 

             - C’est n’importe quoi… ! En fait, c’est Illusion qui m’a sauvé la vie...!

 

             - Illusion ? s’étonnèrent en chœur les deux autres.

 

             - Oui ! Illusion !”

 

            Et je leurs racontait tout ce qui s’était passé. A la fin de mon “histoire”, je m’arrêtai, guettant leur réaction. Charles hocha la tête.

 

            “- Et tu dis qu’Antoine et mon père ne t’ont pas crû ? insista-t-il.

 

             - Oui ! C’est pour ça que j’étais furax ! Ils m’ont prit pour une tarée ! Alors que...!

 

             - C’est possible ! En plus, le comportement des chevaux viendraient confirmer ton histoire !

 

             - Vous me croyez ? m’exclamai-je, aux anges, et stupéfaite.

 

             - Bien sûr qu’on te croit ! Tu ne m’a jamais raconté de bobards, alors je ne vois pas pourquoi tu commencerai, là ! remarqua Léa.

 

             - Hum ! Alors, qu’est-ce qui s’est passé avec les chevaux ? me renseignai-je

 

             - Ben, on a entendu un hennissement suraigu. Alors, on s’est tous réveillés. Les chevaux disjonctaient complètement dans l’enclos. Les vaches étaient terrorisées, Démon pétait un câble (il se cabrait constamment, en hennissant furieusement) et les autres chevaux s’étaient rassemblés, terrifiés, près du baraquement. Or, ils n’agissent comme ça qu’en cas d’attaque de bêtes sauvages, mais aussi, s’ils ont peur d’un autre cheval… ! Cheval, qui ne pouvait être autre qu’Illusion ! expliqua Charles.

 

             - Ouais ! Tu as raison… ! approuvai-je.

 

             - Hum ! On ferait bien de rentrer, non ? Ca va être l’heure de dîner ! Et je serais pas contre une bonne douche, moi ! intervint Léa.

 

             - Ouais ! Allons-y !” acceptai-je, en souriant.

 

* * * * *

 

            “En tout cas, ce lynx était une belle bête !” annonça Andy, pendant le repas.

 

            Et voilà, ils ramenaient l’histoire du lynx sur le tapis ! Mais ils avaient rien d’autre à raconter ? En plus, ils s’étaient amusés à ramener le corps de la bête, avec nous…

 

            “C’est un mâle des Carapates ! poursuivit Andy. Il mesure 1,05 mètres de long, pour 86 cm de haut et 48 kilos. Vraiment une belle bête ! Tu as vraiment eu chaud, Cécilia ! Celui-là est un magnifique spécimen !”

 

            Je ne répondis rien.

 

            “- Un lynx des Carapates ? s’étonna mon oncle. Mais, qu’est-ce qu’il faisait là ?

 

             - Va savoir ! Surtout qu’on n’a pas entendu parler de bêtes échappées de zoos, ou autre ! Enfin, quoi qu’il en soit, le problème est définitivement réglé.

 

             - On m’a dit que les femelles étaient plus petites que les mâles, c’est vrai ? demanda Léa, après avoir croisé mon regard.

 

             - En effet ! approuva Andy. Pourquoi cette question ?

 

             - Ben, Cécilia a vu deux lynx, le deuxième étant plus petit que le premier et...!

 

             - Ah, arrêtez avec ces histoires ! rétorqua mon oncle. Il ne pouvait pas y en avoir deux, surtout dans ce coin… ! Sinon, si c’était vrai, où serait partit le deuxième ? Cécilia, en tombant, a dû s’assommer, et a imaginé tout ça ! Et puis....!

 

             - J’en ai marre ! criai-je, soudain, en me levant d’un bond. j’vais me coucher… !

 

             - Cécilia, tu ne veux pas manger ?

 

             - Non ! Leurs histoires m’ont coupé l’appétit ! rétorquai-je en partant vers la porte.

 

             - Cécilia ! Reste ici !” m’ordonna mon oncle en se levant.

 

            Je me retournai et le défiait du regard, les bras croisés, les yeux brillants de colère.

 

            “- Qu’est-ce qui te prend d’agir comme ça ? s’énerva mon oncle.

 

             - Vous me prenez pour une folle, vous refusez de croire ce que j’ai vu ! Et vous m’engueulez quand je dis ce que je pense ! Alors, j’en ai marre ! Et puis, trouvez-vous un autre pigeon pour vous faire gagner la course, j’y ferait jamais participer Éclipse ! hurlai-je, ouvrant la porte à la volée.

 

             - Cécilia ! C’est un...!”

 

            Je claquai violemment la porte, et courut hors de la maison. Traversant la cour, je rejoignit mon étalon dans son pré. Ce dernier se tenait près de la barrière et hennit gaiement en m’apercevant.

 

            “Oh, Éclipse, toi, au moins, j’t’intérresse !” m’écriai-je, en enlaçant l’encolure du cheval, qui hennit doucement.

 

            “Pourquoi ils ne me croient pas ? sanglotai-je, appuyée à l’encolure puissante d’Éclipse. Si seulement....! Eh, je sais… ! m’exclamai-je soudain. Illusion s’est fait griffé par le lynx. Si j’arrive à retrouver Illusion, ils seront bien obligé de reconnaître la vérité. Et puis, il faut bien que j’aille soigner ce pauvre vieux ! Il m’a quand même sauvé la vie… ! Dis, tu voudrais bien m’aider à le trouver, Éclipse ?”

 

            L’étalon encensa joyeusement, comme pour approuver.

 

            “Merci ! Je savais que je pouvais compter sur toi, Éclipse !” m’exclamai-je, en souriant.

 

            Je me laissait glisser dans l’herbe. Adossée à la barrière, je caressai la tête intelligente de mon étalon.

 

            “Cécilia ?”

 

            Je sursautais, reconnaissant la voix de mon oncle.

 

            “- Va au diable ! marmonnai-je entre mes dents. Quoi ? grommelai-je.

 

             - Ecoute, je voulais m’excuser !

 

             - Ah bon ? rétorquai-je crûment. T’es décidé à me croire, maintenant ? C’est quoi qui t’a fait changé d’avis ? Sûrement le fait que, sans Éclipse, au revoir les chances de gagner la course… ! J’me trompes… ? A moins...!

 

             - Cécilia ! Arrête avec ça ! m’interrompit, doucement mon oncle. Ecoute, ce n’est pas que je ne te croyais pas mais...tu sais tu m’as fait une peur bleue se soir-là ! Tu aurai pu te faire tuer par ce lynx ! Et qu’est-ce que j’aurais dit à ton père ? Tu étais sous ma responsabilité...! Mais, si tu dis qu’il y avait deux lynx, je veut bien te croire, pour Illusion aussi, bien que je reste un peu sceptique car on n’a retrouvé aucune trace des deux bêtes. Antoine ne les a pas vu...!

 

             - Mais c’est Illusion qui a fait fuir le deuxième lynx ! Et puis, en plus de cela, il s’est fait griffer, en me protégeant !

 

             - Mais si ce que tu dis est vrai, ça voudrait dire qu’il nous aurait suivi, tout au long de la transhumance, alors ?

 

             - Oui… !

 

             - Dans ce cas, c’est bien la première fois qu’il fait ça… ! C’est à croire qu’il tenait à te surveiller… ! Mais peut-être me trompai-je en disant qu’Illusion ne se souviendrait pas de toi...! Alors, si ça peut te faire plaisir, tu pourras aller le voir !

 

             - C’est vrai ? m’étonnai-je, en me levant d’un bond, intriguée par ce soudain changement d’idée.

 

             - Oui ! Je ne crois pas que tu ait inventée tout ça ! Illusion, ce farouche étalon, t’as pris en affection, plus que je le croyais, quand tu étais plus jeune. Et, malgré les années, il semble qu’il se rappelle de toi..., plus que je l’imaginais... ! Je t’autorise à aller le revoir, à condition que tu reste prudente, et que tu n’y aille jamais seule ! D’accord ?

 

             - D’accord ! acceptai-je, en souriant.

 

             - Alors, tu ne veux toujours pas revenir manger avec nous ? lança malicieusement mon oncle, au bout d’un moment.

 

             - Je sais pas...! oh, et puis, j’arrive ! lançai-je, faisant semblant de réfléchir.

 

             - Je m’en doutais...!” assura mon oncle, tandis que, après une dernière caresse à Éclipse, je passais de l’autre côté de la barrière.

 

            “- Euh...Oncle Carl, pour ce que j’ai dit tout à l’heure, je ne le pensais pas et...je suis prête à tout pour faire gagner ton ranch, cette année ! m’excusai-je, alors que nous remontions vers la maison. On fera tomber Ralph Anderson de son piédestal !

 

             - Là, je te reconnais bien là, Cécilia ! Ta combativité revient au quart de tour ! Mais, je dois te prévenir...! Même si tu n’aime pas Ralph Anderson, ce n’est pas un saint et il sera prêt à tout pour gagner ! Il n’est là que depuis douze ans, mais chaque année, il a gagné !

 

             - Hum ! Mais je connais bien Éclipse ! Il sera le meilleur !

 

             - Possible ! Surtout si sa ressemblance avec son demi-frère ne s’arrête pas qu’au physique, mais aussi aux performances, il sera imbattable.

 

             - Hum ! En parlant de ça..., c’est vrai que Vampire était le cheval de concours de ma mère ?

 

             - Ah, tu es au courant de ça ? En effet…. C’était un merveilleux sauteur. Il avait six ans quand un éleveur, spécialisé dans les Anglo-Arabes, pour cause de cessation d’activité, je crois, le lui avait vendu. C’était un caractère fort, cet étalon. Pourtant, avec ta mère, il filait doux. D’ailleurs, elle était la seule à pouvoir s’en approcher. Ils ont remporté bons nombres de concours, en haut niveau. Ils auraient pu aller loin, tous les deux ! Tes parents sont alors revenus dans le Montana, mettant Vampire en retraite anticipée. Ta mère a alors découvert l’existence du troupeau sauvage… A sa mort, on ne savait plus quoi faire de l’étalon. On ne voulait pas l’abattre, et il se montrait trop sauvage. Un soir, il s’est enfui du ranch, et a rejoint le troupeau, dont il est devenu le chef, détrônant Rocky. Mais, un an plus tard, il a mystérieusement disparu. Plus aucune trace de lui.

 

             - Hum ! Et Tornade ?

 

             - Ah, oui ! Tornade, je l’ai acheté, dans une vente aux enchères. Ton père m’avait dit qu’il voulait se lancer dans l’élevage de chevaux d’obstacles, pour assouvir ta passion, et qu’il voulait t’offrir une monture excellente en cette discipline. C’est pour cela que, quand j’ai vu Tornade, cet Anglo-Arabe, de même ascendance que Vampire en plus de cela, je l’ai aussitôt acheté, pour l’envoyer à ton père, en même temps qu’Orage… ! Voilà ! Tu es satisfaite ?

 

             - Oui ! Très ! approuvai-je, le plus sérieusement du monde, tout en songeant à ce qu’il venait de me dire.

 

             - Bien ! De toute façon, on était arrivé !” observa mon oncle, en ouvrant la porte de la cuisine.

 

 

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